La Renardière – Chambres d'hôtes en Alsace

La maison de bain communale

La maison de bain communale

10 juin 2014 • Under: Actualité Francais

Merci à Madame Monique ROMBOURG (extrait de l’annuaire de la Société d’histoire de Reichshoffen N° 16 – Mars 1996)

La rue des Baigneurs (Badergasse)

En 1919, la traduction en français de « Badergasse » a donné « rue des Baigneurs ». On peut s’interroger et sur la raison de cette dénomination et sur l’importance des activités de ces professionnels, qui veut que les autorités locales les aient immortalisés en nommant une certaine ruelle à juste titre « rue des Baigneurs ».
L’information quant à la justification d’une telle appellation nous est donnée par les archives : « Dans la spécification des immeubles rentes et droits appartenant à l’évêché a Reichshoffen en 1606 … 3e une maison près de la porte, les Bains et la maison curiale …  » (ADBR G 1392), et encore par cet extrait du Livre terrier de 1720, page 240 : « Ein Haus, Scheuer und Stall einseits neben dem Almend, anderseits neben der Bach stosst vornen auf die Badergass und hinden auf die Mauer und zum Theil der Mittelgraben, ist das gemeine Bad gewesen… Johannes Cramer Eygen » (Emplacement de la maison Paul Rudloff). En somme, dès 1606, puis en 1720, il est fait mention, à Reichshoffen, de bains publics. Le bain public, établissement privé aussi appelé « Stuba », « Stupa » ou « Badestube », fut un privilège seigneurial tout comme celui du pressoir, du moulin ou du four. Pourquoi cette faveur et comment fonctionnaient ces bains ?

Au Moyen Age, comme dans l’Antiquité romaine, les gens qui jouissaient d’une situation matérielle convenable et les plus modestes avaient recours à l’eau des bains à la fois pour la propreté du corps et pour conserver et améliorer la santé. Hommes et femmes prenaient des bains ensemble (du moins un certain temps) dans des cuves en bois cerclées, remplies d’eau chaude. Les gens du Moyen-Age, tout comme les anciens Romains, adoraient ces endroits. On venait aussi pour se rencontrer, bavarder, s’amuser … même pour manger et boire en prenant un ban partiel dans le « Kübelbad ». Nombreuses installations étaient dotées de bains de vapeur. On produisait la vapeur en arrosant des pierres brûlantes avec de l’eau. Les clients, assis ou étendus sur des bancs, transpiraient dans cette étuve. Valets et servantes faisaient couler de l’eau tiède aromatisée de substances d’origine végétale sur les personnes et les frictionnaient énergiquement afin d’amplifier la sudation. Charles Wittmer écrit dans « Bains et baigneurs à Strasbourg au Moyen-Age » article publié dans les Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, tome V, de 1961: « On ajoute également à l’eau des ingrédients de toutes sortes, par exemple de la potasse ou des herbes et plantes odorantes soit pour augmenter la valeur curative ou simplement pour aromatiser le bain de l’étuve. Ainsi nous trouvons des feuilles de rose, de lavande, de sauge et autres. Pour des raisons uniquement thérapeutiques, on se sert du Kräuterbad, du Ölbad afin de fortifier le corps … » Entretenir le feu, porter l’eau, remplir et vider les cuves, frotter les clients … nécessitaient la présence du maître baigneur et de ses employés.
Le maître baigneur, ou Bader, devait se conformer à certaines règles : engager des valets et des servantes (Bademagd), installer des cuves, un fourneau, des bancs … ne chauffer que les jours fixés d’avance. Ecoutons à ce propos Paul Adam dans « Charité et assistance en Alsace au Moyen Age » :  » Tous les bains, même ceux à vapeur, consommaient beaucoup de bois de chauffage. Pour cette raison, les séances de bains étaient limitées au lundi, mercredi et samedi en hiver …  » Enfin, il était demandé au maître baigneur de veiller à l’ordre et à la décence dans leurs « Badestuben ».
Aux valets et servantes incombaient certaines tâches comme : monter l’eau du puits, la chauffer, surveiller le feu, remplir, vider et nettoyer les baignoires, masser le client avec un linge rude ou à l’aide de branches pour augmenter la transpiration, l’asperger alternativement d’eau chaude et d’eau froide. Le maître baigneur prodiguait encore d’autres soins. Il posait des ventouses, pratiquait la saignée, soignait les petites blessures. En outre, il coupait les cheveux et rasait les barbes. Evoquons encore Paul Adam dans le recueil cité plus haut :  » … On trouvait une boutique annexe où un baigneur coupait les cheveux et soignait fa barbe; parfois les soins de coiffure étaient donnés dans la Badestube elle-même. Les baigneurs tenaient évidemment à ces soins sanitaires divers qui leur rapportaient des recettes appréciables. Inutile de préciser que la concurrence entre baigneurs et barbiers (Scherer) a été ardente, d’autant plus que « les barbiers avaient la charge exclusive de tous ces soins avant la création des Badestuben », écrit encore Paul Adam. Il fallait donc impérativement trouver un remède à cette opposition. Citons une dernière fois Paul Adam qui se réfère à la Scherer und Bader-Ordnung de Mulhouse, publiée le 4 mai 1464 et qui ordonne: « Les baigneurs ne pourront plus désormais … tondre ou faire tondre leurs clients, mais devront se limiter à leur métier de baigner les gens. Les barbiers-chirurgiens ne devront pas ventouser ou baigner les gens ». La rivalité entre Bader et Scherer, baigneurs et barbiers, prit ainsi fin lorsque les autorités en firent deux professions distinctes.

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